Il fait chaud, non ? Après deux canicules d’affilée, on est en droit de se demander si faire son potager n’est pas devenu risqué. Les plantes souffrent, les pelouses grillent (coupée trop court sûrement), les oiseaux ont soif.
Pourtant, certains potagers traversent ces périodes presque sans encombre. Et le secret, désolée de vous le dire, ce n’est pas seulement l’arrosage (ça serait trop simple). Alors comment concevoir un jardin qui résistent mieux aux fortes chaleurs ? Voici la liste d’urgence !
C’est quoi une canicule ?
Contrairement à ce que vous pensez, une canicule ce n’est pas seulement quand il fait chaud ou quand les températures dépassent un certain seuil la journée. Sinon, tous nos étés seraient des canicules. La canicule est un épisode de chaleur anormalement élevé de jour comme de nuit pendant plusieurs jours consécutifs. C’est la chaleur combinée du jour et de la nuit qui engendre des problèmes et qui rend les épisodes caniculaires particulièrement difficiles pour les organismes. Comme les nuits ne refroidissent pas (coucou les nuits à 33° C) les organismes vivants ne peuvent pas récupérer ou mal.
À partir de quelle température parle-t-on de canicule ?
Il n’existe pas un seuil unique de température valable partout en France. Le phénomène dépend des régions et est avéré lorsque les températures sont très élevées le jour ET la nuit pendant au moins trois jours. Les seuils sont différents selon les départements. C’est la raison pour laquelle des températures jugées caniculaires en Bretagne ne le seront pas forcément dans le Sud et inversement.
Pourquoi les plantes souffrent-elles autant ?
On oublie que ce sont des êtres vivants et comme nous, 42°C c’est trop chaud ! C’est comme si on vous mettait dans un four à chaleur tournante. L’enfer ! Surtout que contrairement à nous, nos plantes ne peuvent pas prendre leurs racines sous le bras et aller se mettre à l’ombre comme bon leur semble. Bien sûr, elles ont des techniques pour faire face à la chaleur mais quand les températures deviennent extrêmes c’est compliqué pour elles.
Les fortes chaleurs ne datent pas d’hier et les plantes ne sont pas démunies face au soleil. Comme nous lorsque nous transpirons, elles utilisent l’évaporation de l’eau contenue dans leurs feuilles pour se rafraîchir. Mais lorsque cette évaporation devient trop importante, elles passent en mode économie d’énergie. Pour limiter les pertes d’eau, elles ferment leurs stomates – de minuscules pores situés sur les feuilles – quitte à ralentir leur croissance. Certaines replient même leurs feuilles afin d’exposer moins de surface au soleil. C’est notamment le cas des courges et des courgettes : leurs grandes feuilles retombent aux heures les plus chaudes. Une réaction tout à fait normale… tant qu’elles retrouvent leur port habituel une fois la fraîcheur du soir revenue.
Quand il fait très chaud, les plantes se défendent

Les premiers réflexes de la plante :
- elle ralentit sa transpiration pour économiser l’eau ;
- ses feuilles se replient ou pendent afin de présenter moins de surface au soleil ;
- elle ferme une partie de ses stomates (les pores de ses feuilles), pour limiter les pertes d’eau ;
- elle ralentit sa croissance.
Quand les chaleurs deviennent trop intenses
Mais lorsque ça devient extrême, cette technique d’économie d’eau ne suffit plus. La plante ne cherche plus a produire des fruits ou des fleurs, elle cherche à rester en vie !
La plante passe en mode survie :

- arrêt de la croissance. Les plantes arrêtent de grandir et attendent des jours meilleurs pour s’y remettre (une température plus basse et de l’eau). Si vous aussi vous trouvez que votre potager ne donne rien, c’est normal, il fait trop chaud !
- fleurs qui avortent. Je vous l’ai dit, elles sauvent leur peau, les fleurs puis les fruits, dans ces conditions, demanderont trop d’énergie.
- les fruits restent petits, sèchent, avortent ;
- coups de soleil sur les fruits ;
- brûlures sur les feuilles.
Pendant ce temps, dans mon jardin
Cette année où le mercure a frôlé joyeusement les 43°C, j’ai observé des choses que je n’avais jamais vues les autres années. Des plants de tomates brûlés aux extrémités, des feuilles qui se prennent d’énormes coups de soleil, mon pêcher qui abandonne certains de ses bébés pêches pour survivre… J’ai même eu un jeune semis de monnaie du pape qui a littéralement cuit sous serre !
Surtout, je me suis laissée surprendre par la première canicule de mai (à l’heure où je vous écris nous sommes à la troisième canicule de l’année). À cette époque, nous étions sur un mois de mai dans les normales saisonnières, avec des températures oscillant entre les 15, 20°C. Et d’un seul coup, en une journée, nous nous sommes retrouvé avec 35°C. Autant vous dire que je n’avais même pas encore sorti mon voile d’ombrage pour la serre et que ce qui était à l’intérieur a sérieusement pris un coup dur voire cuit (RIP monnaie du pape).
- Le bout de mes plants de tomates a cramé, leurs fleurs sèchent, les récoltes sont repoussées à la saint glinglin.
- J’ai perdu un plant de concombre, un plant de courgette, un plant de monnaie du Pape qui a littéralement cuit sous la serre.
- Certains plants ont multiplié les coups de soleil (mon beau bananier !).
- J’ai dû arroser mon pêcher qui abandonnait ses bébés pêches les uns après les autres !
Je n’avais jamais vu ça. Ce soleil si intense, si vite ! C’est la fin des haricots (d’ailleurs chez vous, les haricots ? ça marche ? Moi j’ai renoncé pour cette année) !





Les erreurs les plus fréquentes

Pour sauver vos plantes pendant ces épisodes caniculaires, vous faites des erreurs, en pensant bien faire.
Vous arrosez un peu tous les jours
Avec l’impression d’éteindre un incendie. Mais ça ne sert strictement à rien car vous rendez vos plantes dépendantes de vos arrosages. Avec ces menues gouttes d’eau, les plantes développent un réseau racinaire superficiel. Pourquoi iraient-elles chercher l’eau en profondeur si elle est toujours disponible en surface ? Elles deviennent alors beaucoup plus dépendantes de vos arrosages car elles ne voient pas l’intérêt de concevoir de longues racines pour aller chercher l’eau en profondeur. Résultat : elles résistent moins bien aux périodes de sécheresse.
Vous laissez le sol nu

Parce que ça fait propre, parce qu’un binage vaut deux arrosages, etc. Mais un paillage vaut dix arrosages. Donc protégez-moi votre sol avec au moins 10 ou 15 cm de foin, de paille, de tout ce que vous voulez mais je ne veux plus le voir !
De plus, et c’est là que ça nous intéresse, à force d’avoir subi les affronts du soleil, une croûte imperméable se forme sur votre sol (appelé croûte de battance). Résultat : lorsqu’il pleut, l’eau ruisselle joyeusement au lieu de pénétrer dans votre sol et de profiter à vos plantes. C’est nul.
Et même conséquence sur la vie du sol qu’avec les arrosages superficiels : vous réduisez la vie biologique de votre sol. Alors qu’avec le paillage, la microfaune remonte jusqu’à la surface pour s’en nourrir et crée des micro galeries qui favorisent l’infiltration de l’eau quand il pleut ou quand vous arrosez. Autant que vos efforts ne soient pas vains.
Ça va, vous commencez à imprimer ?
Vous plantez en plein soleil
Dans le temps, ça marchait, les températures dépassaient occasionnellement les 25°C mais maintenant c’est proposer à vos légumes de frire avant d’avoir produit quoi que ce soit. Il faut savoir qu’une plante exposée à des températures dépassant les 30 voire les 33°C pour les tomates, arrête de pousser et entre en mode survie. Alors prévoyez-moi de l’ombre pour vos légumes.
Le problème n’est pas la canicule. Le problème, c’est un jardin qui n’a pas été pensé pour y résister.
Faites le test !
Après trois jours de canicule…
- votre sol est nu.
- vos légumes sont tous en plein soleil.
- vous arrosez tous les jours.
…Si vous avez validé tous ces points alors ce n’est pas la canicule le problème… mais la conception de votre jardin !
La bonne nouvelle ? ça se corrige !
Les solutions qui fonctionnent vraiment



Je ne suis pas là pour vous vendre du rêve. Ce sont des solutions testées et approuvées ! Vous aurez sûrement l’impression que je me répète, mais plus c’est dit, plus c’est assimilé.
Paillez généreusement
Votre sol vous dira merci, il entretiendra vos plantes pour vous.
Le paillage va protéger votre sol, empêcher les adventices de pousser, nourrir la faune du sol et permettre à l’eau du ciel ou de vos arrosoirs de s’infiltrer correctement dans votre sol et de limiter son évaporation.
Plantez plus serré
Plus vous plantez serré, plus vous optimisez les ressources nutritionnelles du sol qui ne profite qu’à vos légumes, pas à autre chose. Et les uns font de l’ombre aux autres.


Créez des strates
Pensez toujours : « Cette plante va faire de l’ombre à cette plante. Celle-là fera de l’ombre sur son pied ». Donc je ne veux plus voir de monoculture de maïs ou de tomates mais bien un pied de tomate avec des salades à son pied, un plant de maïs en mode milpa (maïs, haricot, courge). De la diversité de hauteur qui rendra votre potager plus résilient face aux canicules.
Faites de l’ombre
Achetez des voiles d’ombrage, déployez des parasols, des draps, que sais-je encore. Si votre potager est en plein cagnard l’après-midi, l’arroser énormément le matin ne va pas l’empêcher de cramer mais l’ombre oui. Alors ombrez !




Stockez l’eau de pluie
Parce que rien ne vaut l’eau de pluie pour arroser votre potager, je vous conseille de trouver des solutions pour capter l’eau de pluie automnale. L’eau est trop précieuse pour s’en aller dans le tout à l’égout. Pensez également à mettre un filtre ou à vider vos tonneaux dans des contenants pour éviter que les moustiques ne viennent y pondre.
Penser le jardin de demain
Alors oui, ces derniers temps on a eu chaud, et ce n’est malheureusement pas un élément isolé.
Les jardins qui traversent le mieux les canicules sont rarement ceux qui ont été pensés la veille de l’été. Ils sont le fruit d’années de travail pour créer un écosystème résilient : un sol vivant capable d’absorber et de stocker l’eau, des plantations denses qui se protègent mutuellement, des arbres qui apportent de l’ombre et une biodiversité qui participe à l’équilibre du jardin. La résilience ne s’improvise pas lorsque le thermomètre dépasse les 40 °C : elle se construit, saison après saison.
Vous aimeriez un jardin capable de mieux résister aux prochains étés ?
Je peux vous accompagner pour concevoir un jardin plus résilient, plus autonome… et beaucoup plus agréable à vivre, même pendant les fortes chaleurs.
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